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Sophie Brändström

Le 15 Jujn 2005, LVMH fermait la Samaritaine, l'un des plus vieux grands magasins parisiens, laissant ses employés désemparés. Depuis, sur les 725 samaritains, 246 sont en retraite ou en préretraite, 128 ont été reclassés dans le groupe ou sont encore en formation pour une reconversion. Ils sont 290 à avoir trouvé un autre employeur ou créé leur entreprise, 29 continuent à travailler dans le magasin. Pour 32 d'entre eux, aucune solution n'a été encore trouvée. LVMH leur demande de se reconvertir, de se former. Pas facile lorsqu'on n'a connu que ce magasin. texte Olivia Colo


 

Sophie Brändström / Picturetank BRS0099147

portrait

Paris, France - 00/00/2007

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0132538

 

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099118

portrait

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099133

portrait

Paris, France - 00/00/2007

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099141

portrait

Paris, France - 00/00/2007

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099149

Philippe BIGNAUD, 30 ans, carriste, 6 ans de Samaritaine. L’école l’a orienté vers un BEP de tourneur-fraiseur, lui s’est réorienté vers la Samaritaine. A 25 ans, il décroche un CDI. « Je dois être dans les derniers à avoir été titularisés, après c’était la politique du CDD. » Arrivé à l’époque de LVMH, il n’a pas connu la famille Renand mais travail avec beaucoup « d’anciens ». Ils lui racontent l’ancien temps, celui de la foule et de la bonne ambiance. Lui n’a jamais connu le magasin bondé, mais se laisse « bercer par leurs histoires » et se sent très vite chez lui. Sa jeunesse lui permet de courir dans tout le magasin, « je n’avais pas encore le dos cassé comme mes collègues ». Il tourne sur plusieurs postes, réceptionne les marchandises, déménage des rayons, déplace des meubles, parfois un peu de réception. La fermeture, c’était surtout dur pour les autres, « moi je suis jeune ». Il a reçu tout de suite une offre de reclassement au Bon Marché. « Premier à partir, premier à revenir. Comme je venais de la Samaritaine, ils me prenaient pour un fainéant. Ils ne voulaient pas de nous là-bas, c’est sûr. » Il a encore droit à une offre au sein du groupe. « Ça serait trop bête de ne pas tenter sa chance, mais c’est pas encore gagné. Les consultants qui sont là pour nous aider nous pousse à trouver du travail ailleurs. » Il tient bon, pour l’instant le chèque-départ ne l’intéresse pas. « Je préfère miser sur la sécurité de l’emploi. » texte Olivia Colo

Paris, France - 00/00/2007

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099148

Mathé PODEVIN, 60 ans, assistance sociale, 34 ans à la Samaritaine. Si la Samaritaine est un site classé, c’est grâce à elle. Dans les années 80, elle découvre que Georges Renand avait pour projet de refaire le bâtiment, version moderne. Inconcevable ! Aidée par une association de défense des riverains de l’île Saint-Louis, l’été 1989, elle fait classer la Samaritaine comme monument historique. Georges Renand, le patron d’alors, est fou de rage. « Il m’a mené une vie infernale pendant des années. Ils m’ont placardisé, ils ont cru que je craquerais, mais j’ai survécu. » Malgré la suppression du service social en 1992, elle parvient à garder son bureau d’assistante sociale jusqu’au bout. Son métier, elle l’adore. « Les salariés défilaient toujours, c’était un endroit de liberté. » Son bureau devient le défouloir pour le personnel. Beaucoup sont très déprimés, d’autres étaient « fous ». « C’était ça le paternalisme, tu pouvais absorber des gens pas comme les autres. » Elle a vu le magasin se dégrader, et le moral des salariés avec. Elle s’efforce de réparer les fissures individuelles, mais très vite se syndique pour agir à l’échelle collective. Elle choisit la CGT et est de toutes les batailles – que le patron s’appelle Renand ou LVMH. « J’ai réussi à protéger le bâtiment, j’ai essayé de faire de mon mieux pour protéger les salariés. » texte Olivia Colo

Paris, France - 00/00/2007

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099146

Claudine BURTAIRE, 58 ans, 40 ans de Samaritaine. Originaire de Saint-Brieuc, une famille très stricte, la dureté de l’internat, un frère aîné et une belle-sœur à la Samaritaine. A 18 ans, ses parents lui donnent une semaine pour trouver un emploi à Paris. « Sinon, c’était le retour en Bretagne. » Son frère la pistonne, sa nouvelle vie commence. Tous les soirs, c’est la fête. La journée, c’est la facturation des fournisseurs. La discipline est rude, « mais j’avais l’habitude ». Le plus dur, c’est le calcul mental. « Mon chef ne voulait pas entendre parler de calculatrices. » Avec retard, les différents services où elle a travaillé ont fini par se moderniser. « J’ai eu de la chance, j’ai toujours évolué. » Elle a même eu droit à une formation d’informatique pour devenir responsable du pool loisirs, livres, disques, hi-fi. Par contre, « côté salaire, ils avaient des oursins dans les poches. » Quand un directeur conseille aux mécontents d’aller « voir ailleurs si l’herbe est plus verte », elle fait le choix de rester. « Je n’ai quitté le magasin que contrainte et forcée », mise en préretraite à la fermeture. Elle ne pardonne pas à LVMH, mais estime qu’ils font quand même des efforts. « On voit d’autres fermetures en France où les salariés trinquent plus. Mais là, c’est de la Samaritaine qu’il s’agit. Ils ne veulent pas faire de vague, l’image du groupe en prendrait un coup. » texte Olivia Colo

Paris, France - 00/00/2007

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099145

Nicole CHAMPION, 56 ans, vendeuse et caissière, 39 ans de Samaritaine. Diplômée d’un CAP de « vendeuse étalagiste en chaussures », elle a 17 ans quand son père l’accompagne rue de Rivoli chercher un emploi dans les grands magasins. Elle est prise à la Samaritaine, rayon confection. « J’étais grande, c’était plus pratique pour habiller les mannequins. » A l’époque, l’univers est strict pour les salariés. Les hommes portent la cravate, les manches courtes et les pantalons sont interdits pour les femmes, les tenues sont noires, bleu marine ou marron. Le grand patron d’alors, « Monsieur Renand père », vient tous les samedi pour sa tournée hebdomadaire et n’oublie pas de serrer la main aux vendeuses. « On avait l’impression d’être connue, on se sentait utile, on faisait partie d’une grande famille. » Quand LVMH arrive, tout s’inverse. Le « grand patron », elle ne l’a jamais vu, « sauf dans les médias ». Par contre, « les robes pouvaient être courtes, les bras nus. Pour un peu, il aurait fallu changer la couleur de nos cheveux. Il fallait que les vendeurs soient branchés pour recevoir une clientèle branchée. » Le temps de la clientèle populaire est révolu. « Comme nos pancartes jaunes avec marqué moins 10 %, moins 50%, ils trouvaient que ça faisait trop Monoprix ». Alors ils ont relooké le magasin. Les murs. « Repeints en fuchsia, pour la clientèle bobo du Marais ». Les vendeuses. « On avait des réunions de relooking deux fois par an. » Et même les paquets cadeaux. « Surtout plus de frisottis. » Mais la clientèle ciblée ne vient pas. « La dernière année, on pouvait passer des journées entières sans voir un client, on ne savait plus quoi faire pour s’occuper. » Des fidèles passaient quand même parfois. « Ils nous demandaient « mais pourquoi on ne trouve plus rien ? pourquoi il y a du fuchsia partout ? » ». A la fermeture, elle s’est retrouvée en préretraite, « une chance, vu le marché du travail ». Le contrecoup, elle l’a reçu avec sa lettre officielle lui annonçant qu’e

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099143

Bernard JOUBERT, 60 ans, caissier, 42 ans de Samaritaine. Son père y était manutentionnaire, sa belle-mère et sa femme caissières, la mère de sa belle-sœur comptable, son frère et certaines tantes vendeurs, et quelques neveux ont fait des remplacements l’été. Si l’on comptabilise le temps passé à la Samaritaine, le clan Joubert et ses alliances ont donné 197 années au grand magasin. Lui y aura passé 42 ans, un an de moins que son père, le record de la famille. Dernier d’une tribu de neuf enfants, il entre à 14 ans à la Samaritaine comme « groom » : il apprend l’emplacement de tous les rayons et guide les clients pendant deux ans. Il devient ensuite « aspirant vendeur », rayon nautique et cordage. Un client veut acheter une corde d’un mètre, non de deux, en fait plutôt un mètre. Exaspéré, le jeune aspirant propose à l’indécis des ciseaux pour couper lui-même la corde. « J’ai pas fait long feu. » Il devient aspirant caissier, puis titulaire, passe au bureau des réclamations avant d’atterrir au service clientèle. Entre-temps, il rencontre sa future femme sur l’escalator qui les accompagne à la cantine. Il faisait bon travailler à la Samaritaine. Du moins jusqu’aux dernières années. « Il y a des matins où j’arrivais malade tellement je n’en pouvais plus. Dès 1999, avant même l’arrivée de LVMH, on sentait qu’ils voulaient se débarrasser de nous. » Il reçoit un nouveau contrat prévoyant une période d’essai pour un travail qu’il faisait depuis des années. « Au bout de trois mois, je ne faisais plus l’affaire. Je suis reparti à la caisse. » Il y restera jusqu’à sa retraite, en mai 2004. « Quand je suis entré ici, comme pour beaucoup, je ne pensais pas y rester. Et puis voilà… » Lui qui rêvait d’être horticulteur s’est fondu pendant 42 ans dans le paysage de la Samaritaine et a récolté plein de médailles du travail, « même celle en or ». Lorsqu’il a appris la fermeture, il est revenu participer à toutes les manifestations pour soutenir ses anciens collègues. « C’est terri

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099140

Monique PIERRE, caissière, 32 ans de Samaritaine. Depuis toujours, les grands magasins la faisaient rêver. Alors quand elle lit l’annonce d’emploi dans le Parisien, elle fonce. Elle passe dix ans au 2ème sous-sol de la Samaritaine, au carnet d’achat, « je faisais les paquets ». Elle passe ensuite au rayon outillage, fait de la manutention, de l’étiquetage, du marquage. Elle trouve la clientèle « un peu trop macho ». qu’importe, elle en profite pour apprendre la vente. Elle en fera pendant 17 ans. En 2001, elle se pose en caisse, jusqu’à la fermeture. La Samaritaine, c’était sa deuxième famille, sa deuxième maison. Elle adorait l’ambiance bonne enfant « par ici ma poule, tiens tu t’es mise en jupe ». C’est pour ça qu’elle est restée, pas pour le salaire. « Tu n’es pas plus riche à la fin que lors de ton entrée ». Le rachat par LVMH ne l’a pas inquiété, l’entreprise allait mal, « c’était peut-être nos sauveurs ». La fermeture, « c’était une grande claque bien retournée ». Elle en a toujours « gros sur le coeur». Jamais elle n’avait imaginé être expulsé de sa maison de cette façon-là. Elle a quand même souhaité être reclassée dans le groupe, « même si je me disais que je ne devais pas être assez belle et jeune ». Elle a attendu pendant un an et demi une proposition. « Je venais tous presque tous les jours voir les partenaires sociaux à la Samaritaine, pour éviter de rester isolée chez moi. » Une offre vient de tomber, caissière à l’essai au Bon Marché. Elle a commencé le 15 février. Le sourire est revenu. texte Olivia Colo

Paris, France - 00/00/2007

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099138

Madeleine CHARTON, 57 ans, vendeuse vêtement de sport, 38 ans de Samaritaine. Coiffeuse de formation, elle aurait dû reprendre le salon de ses parents en Seine-Saint-Denis. « Mais je n’en avais rien à cirer. » Après un passage éclair en usine, « me voilà entrée à la Samaritaine comme démonstratrice de fontaines d’appartement ». Six mois après, le grand magasin l’embauche. Elle apprend sur le tas à vendre des tuyaux d’arrosage et découvre la culture de la maison. « Le système de la guelte rendait les relations entre vendeurs féroces, les heures sup’ n’étaient pas payées, les collègues n’osaient jamais se plaindre… » Toutes les occasions sont bonnes pour défendre les salariés dans le bureau de ses supérieurs. En 1971, elle rejoint la CGT pour ne plus se battre seule. « C’était un peu une vocation, on savait que l’on sacrifiait notre carrière. » Fréquemment mutée – « ils espéraient m’user » –, elle se retrouve au rayon bâtiment à vendre du ciment, du carrelage, du plâtre. « Ils m’ont mise au sous-sol, là où les vendeurs gagnaient moins bien leur vie. » Mais elle n’est pas du genre à se décourager. Depuis la fermeture de la Samaritaine, elle se bat pour défendre les samaritains. Elle a hâte de profiter de sa retraite, mais ne quittera pas les locaux tant que les derniers salariés en âge de travailler ne seront pas reclassés. « Pas question de les abandonner. » Tout ce qui a été arraché à LVMH, c’est en partie grâce à elle. « J’ai bien vu que les gens de LVMH ne comprennent rien à notre combat. Lors des dernières négociations, ils m’ont dit : « Mais qu’est-ce que vous voulez de plus ? On vous paye, on vous accorde des préretraites à 50 ans… ». Mais nous c’est pas de l’argent que l’on veut, c’est du travail. Et ça, ça les dépasse. » texte Olivia Colo

Paris, France - 00/00/2007

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099137

Dominique D’HENRI, 50 ans, service encaissement, 32 ans de Samaritaine. A la fin de son CAP de comptabilité, sa boulangère lui apprend que la Samaritaine embauche. Nous sommes en 1974, elle a 18 ans et commence sa carrière au contrôle. « Nous étions 200 alignées sur des petits bureaux de bois. » Relever les rouleaux de caisse, calculer la TVA avant de les archiver dans des placards pour des années. « Un métier spécifique à la Samaritaine. » Elle sera la dernière dans ce service, fermé en 2004. « Pendant deux ans, j’ai même été toute seule. » Pendant ses années Samaritaines, elle n’a eu droit qu’à un seul stage, « pour le passage à l’euro ». Elle n’a pourtant jamais voulu quitter le magasin. « J’avais pas grande formation, je ne savais pas trop où chercher. » La fermeture ne lui laisse plus le choix. Depuis un an et demi, elle cherche du travail dans la comptabilité. Et ne trouve pas. « Toute l’expérience acquise pendant des années, ils n’en tiennent pas compte, c’est dur. » Elle se souvient du temps où l’on toquait aux portes des entreprises et où l’on pouvait commencer un boulot le lendemain. « Maintenant, faut faire des CV, des lettres de motivations, enchaîner les entretiens. » Depuis la fermeture, elle n’en a passé qu’un, chez Franck & Fils, une enseigne du groupe LVMH. Ce fut bref, elle n’a pas été retenue. « Ils voulaient du bac+2, un bon niveau en informatique et en anglais. Surtout ils ne voulaient pas de moi, un CAP aujourd’hui ça ne vaut plus rien, je n’étais pas opérationnelle tout de suite. Mais comment on va s’en sortir si on ne nous forme pas, si personne ne nous laisse un peu de temps pour nous adapter à un nouveau poste ? » texte Olivia Colo

Paris, France - 00/00/2007

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099135

Yvon THUILLIER, 57 ans, service encaissement, 40 ans de Samaritaine. Enfant, il venait souvent à la Samaritaine avec ses parents pour acheter des poussins et les élever dans leur petit jardin de Palaiseau - « on était pas très bons, une année on a pris que des coqs ». C’est donc tout naturellement, à la fin de son CAP d’aide comptable, qu’il se présente au service du personnel, sans rendez-vous. Deux jours plus tard, il commence au « service des décomptes ». Il avait 18 ans, et un bon salaire pour l’époque – « plus que dans la fonction publique ». Le montant de son dernier salaire est de 1050 euros net. « Aujourd’hui, vaut mieux être dans la fonction publique. » A partir de 1985, son service est restructuré, le boulot se fait rare. « En 1993, il n’y avait même plus rien à faire. » On lui donne des factures à agrafer, « un coup en haut, en coup en bas », il range des rouleaux de caisse dans des cartons. Pendant dix ans. Mais il ne quitte pas le navire. « J’avais 40 ans, je voyais le chômage dehors. » En 2002, muté au service encaissement, il reprend goût au travail mais dit aujourd’hui avoir fait une erreur en restant aussi longtemps. « Je suis entré en rêvant d’une évolution de carrière, de marches à gravir. » Pas assez formé, dépassé par une nouvelle génération plus diplômée, il s’est « senti prisonnier ». Il n’aime pas parler de la fermeture, « ça m’angoisse encore ». Lui s’est retrouvé en préretraite, mais beaucoup de ses collègues cherchent encore un travail. « Mais qu’est-ce qu’ils vont devenir ? » Il sera serein quand les derniers samaritains seront reclassés. Ce jour-là, il s’occupera enfin de sa maison de 80 m2, celle où il vit depuis qu’il a 10 ans. « J’ai tellement de bazar à ranger. » texte Olivia Colo

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099134

Patrick BEAU, 55 ans, service intérieur, 37 ans de Samaritaine. Sa passion, c’était la fourrure. Il rejoint à 18 ans la vingtaine de salariés de l’atelier artisanal de fourrure, au 7ème étage de la Samaritaine. « Le sur-mesure, les réparations, les transformations de manteaux, le travail ne manquait pas, les cabines d’essayage ne désemplissaient pas, et les clientes n’étaient pas les plus vilaines. » Pendant 16 ans, c’est le rêve. En 1985, l’atelier ferme. Il pense ouvrir son propre atelier, achète un peu de matériel. Mais pour des raisons familiales, « j’ai préféré jouer la sécurité ». Il ne s’installera jamais à son compte. « C’est le début de l’enfer pour moi. » Muté au rayon fourrure, quelques étages plus bas, il commence par l’étiquetage et finit par la manutention. Seul homme parmi ses collègues féminines. Il ne supporte pas l’ambiance. « En face elles se disent « bonjour ma cocotte », et par derrière « t’as vu cette connasse » ». Par contre, il aime bien les clientes, « on parlait d’opéra ». Il finira dans les sous-sols, au service entretien. « Ma carrière ici est à l’image de mon salaire, en chute libre. Je gagne aujourd’hui 1080 net par mois. » Il a vu ce magasin qu’il aimait sombrer d’années en années. « Comme plein d’entreprises et d’usines françaises qui dans les années 70 n’ont pas pris à temps le virage de la modernisation, la Samaritaine a fini dans le mur. Les victimes, ce sont les salariés. » Il est écœuré par tout ça. « Famille Renand ou LVMH, c’est sûr, la gestion était différente. Mais le résultat est le même, ils nous ont démolis. » texte Olivia Colo

Paris, France - 00/00/2007

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099131

Hervé LORET, 54 ans, service clientèle, 26 ans de Samaritaine. A 24 ans, il quitte sa Manche natale et monte à Paris avec mille francs en poche. Il trouve un logement le premier jour, un boulot le deuxième : démonstrateur pour Pierre Cardin aux Galeries Lafayette. Il ouvre le stand de cette marque à la Samaritaine l’année suivante. « Aux Galeries, on faisait du chiffre ; mon premier jour à la Samar’, rien. Et après, pas mieux. La clientèle d’ici ne pouvait pas s’offrir des pulls en cachemire aussi chers ». Le stand ferme vite, lui reste, embauché en direct par la Samaritaine. Après quelques années de remplacements puis à la caisse, il finit sa carrière au service clientèle. Cette dernière est alors parisienne, banlieusarde, provinciale et même internationale. « J’expédiais nos meubles Richelieu aux Etats-Unis et de l’outillage qu’aucun autre magasin à l’époque ne proposait dans les pays du Maghreb. » La clientèle de proximité est fidèle, « parfois ils passaient juste pour nous dire bonjour ». Quand, le 9 juin 2005, il apprend que le magasin va fermer, il n’y croit pas, comme beaucoup. A peine une semaine plus tard, le 15 juin, c’est le dernier jour. Devant la sortie du personnel, les syndiqués forment une haie d’honneur pour saluer les salariés qui franchissent, pour la dernière fois, les portes de la Samaritaine. « Je me souviens d’un vendeur au gabarit de David Douillet complètement HS, j’ai cru qu’il allait s’effondrer. » Le plan social lui permet d’être en préretraite. « Tant mieux, j’étais à l’âge critique. » Il est toujours en contact au moins une fois par semaine avec ses anciens collègues. « C’est presque gênant d’être en préretraite et de voir ceux qui ont entre 40 et 55 ans galérer pour trouver un travail. » texte Olivia Colo

Paris, France - 00/00/2007

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099128

Alain GUYONVARCH, 47 ans, surveillant, 20 ans de Samaritaine. Sa première famille était l’armée française. Engagé en 1977, il démissionne au bout de trois ans de campagnes éprouvantes – Côte d’Ivoire, Tchad, République Centrafricaine, Liban… En 1987, il rentre à la Samaritaine sur candidature spontanée. « Ils cherchaient à recruter du sang neuf dans les équipes de surveillants. » Pendant douze ans, il est affecté aux portes du magasin, fidèle au poste. Puis il s’oriente vers un travail plus administratif. Autodidacte en informatique, il s’occupe des plannings des surveillants, prend du galon. Seule ombre au tableau, le salaire, « pas un centime de plus ». Mais sa « nouvelle grande famille, les collègues et les clients », ça vaut plein de sacrifice. « LVMH a fait exploser cet esprit familial. » Rien ne va plus. « L’être humain passe au second plan, désormais on est sur le terrain de l’argent. » Il observe les dommages collatéraux, « moins de clients, de marchandises, des salaires en baisse, des vendeurs déprimés ». En 2003, il est rétrogradé et retourne aux portes du magasin. Il s’exécute – « heureusement que j’aime aider les gens » – mais, sentant le vent tourner, demande à suivre des stages en anglais et en informatique. En vain. « Ils avaient tous été supprimés. » Pas comme les caméras de surveillance. « Elles poussaient comme des champignons, on se sentait fliqués. » Le chômage dehors, l’ancienneté dedans, il préfère rester. En juin 2005, sur la route de retour des vacances, il apprend par la radio la fermeture du magasin. Le voilà en « retraite forcée ». Commence alors une guerre des tranchées. Il veut rester dans le groupe, mais n’a encore reçu aucune proposition, puisque chez LVMH toute la sécurité est sous-traitée. « J’ai le droit à deux offres, c’est écrit dans le plan de sauvegarde de l’emploi. » Il campe sur ses positions. texte Olivia Colo

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099125

Annie DONET, 52 ans, vendeuse rayon ménage, 31 ans de Samaritaine. Quand elle est arrivée de sa Bretagne natale, la Samaritaine, « c’était l’Amérique ». Elle venait de passer cinq ans avec son mari dans une petite usine de biscuit, ils travaillaient en couple de 20 heures à 8 heures, « notre petit dormait dans une petite caisse à côté du four ». La tante de son mari, salarié dans le grand magasin, lui décroche une place de standardiste, qu’elle occupe pendant dix ans. Son supérieur lui en fait voir de toutes les couleurs. « Pour me punir, il m’a muté à la caisse ». Puis de vendeuse au rayon alimentation, elle est « parachutée aux casseroles », moins bien payée que dans les bureaux. Elle rencontre sur place son deuxième mari. Il est Tunisien, « il s’est fait viré par racisme ». Après trois ans de procédure, ils gagnent aux prud’hommes. Au travail, l’ambiance se dégrade. « J’en arrivais à me dire que j’étais mieux à l’usine. » Le magasin perd de l’argent, puis LVMH prend la tête du navire. « C’est devenu pire. » Depuis la fermeture, elle essaye de tourner la page, « mais se repositionner à mon âge, ça relève du miracle ». Dégoûtée par le commerce, elle suit une formation professionnelle pour venir en aide aux personnes âgées ou handicapées. « Au moins j’aurai l’impression de servir à quelque chose. » texte Olivia Colo

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099119

Monique DANIEL, 59 ans, comité d’entreprise, 36 ans de Samaritaine. Le grand-père, le fils, le petit-fils. Elle a connu les trois générations de la famille Renand. Elle se rêvait institutrice, mais entre à 18 ans à la Samaritaine pour aider sa famille. Elle est secrétaire au service du personnel. L’ambiance est stricte mais lui convient, jusqu’à ce qu’un chef la pousse à bout. Elle démissionne en 1973, élève ses deux enfants. En 1978, dans l’obligation de travailler, c’est le retour, mais dans un autre service. Elle devient secrétaire au comité d’entreprise. « C’était pas facile de travailler au contact des syndicats. » Pourtant, elle finit par rejoindre la CFTC en 1986. « C’était plus possible de voir autant d’injustices au sein de cette entreprise. » Pour ses supérieurs, elle devient « le vilain petit canard », et le changement de direction en 2001 ne résout rien. « C’était une autre culture, d’autres outils mis à notre dispositions, mais pas d’amélioration des conditions de travail. » Elle a vécu la fermeture comme une agression. Tout comme la proposition de départ volontaire en échange d’un chèque, « le meilleur chemin pour aller pointer au chômage ». Depuis, elle se bat pour que les salariés ne se retrouvent pas à la rue. Le 7 février 2007, à la date anniversaire du premier plan social, elle était de ceux qui ont signé un nouvel accord avec la direction. « Critères d’âge, manque de formations, difficultés à retrouver un travail, on était dans l’impasse. » Les derniers salariés non reclassés peuvent désormais partir en préretraite à 50 ans avec 65% de son salaire. « C’est mieux que les indemnités de chômage pendant quelques mois et aucune perspective de boulot en fin de droits. Il fallait arrêter l’hémorragie des départs volontaires. Le chômage, c’est la dernière solution, c’est celle de la détresse. » texte olivia Colo

Paris, France - 00/00/2007

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Sophie Brändström / Picturetank BRS0099117

Annick MANCEAU, 52 ans, vendeuse rayon sport, 26 ans de Samaritaine. Assistante dentaire, elle faisait des petits boulots à droite et à gauche. En 1979, l’ANPE lui propose un stage de quatre mois comme vendeuse à la Samaritaine. Elle ne connaissait pas le magasin. « Je me suis pointée en pantalon, j’ai failli ne pas avoir le poste. » Le directeur du personnel lui parle de « cette grande dame qu’est la Samaritaine ». La grande dame, elle la trouve un peu « vieillotte ». « Il y avait un grand rayon pour les mouchoirs, alors que les Kleenex existaient depuis longtemps. » Elle commence au rayon confiserie, avec ses bonbons au détail, ses chocolats en vrac, ses ballotins et « les petites mémés qui chipaient en douce parce qu’elles n’avaient pas les moyens d’acheter des tablettes de chocolat ». Malgré la clientèle un peu âgée, elle se laisse charmer par l’atmosphère et par le site magnifique. A l’époque, « ça grouillait ». Les salariés étaient « au moins 3 000 », les clients nombreux. Les « anciennes » prenaient sous leur aile les petites jeunes, « on apprenait le métier sur le tas ». Son stage se transforme en CDD au rayon camping. C’était le temps de la guelte : les vendeurs étaient payés au pourcentage des ventes. « Je me suis vite rendu compte que si je ne faisais pas du chiffre, je ne ferais pas de vieux os. » Six mois après, elle est titularisée au rayon pêche. « On ne choisissait pas. » Mais elle en garde un bon souvenir car « c’était une clientèle de passionnés ». Dix ans plus tard, elle est promue responsable du rayon vêtements chasse, pêche et nautisme. Pour augmenter les ventes de ce rayon saisonnier, elle détourne certains produits – « c’était la mode des vêtements huilés » – et triple son chiffre. L’arrivée de LVMH bouleverse son quotidien. Son rayon supprimé, la voilà délocalisée au sous-sol du magasin principal pour s’occuper des vêtements sports, « la gamme urbanwear à la mode». Finies les responsabilités et l’autonomie, « on nous demandait de vendre, poi

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